Surprise

Surprise

septembre 26, 2014 0 Par ArielLittel

Vendredi soir, 18h. J’arrive au restaurant. Habituelle analyse de la situation présente, des écueils à venir ; le nombre de réservations, les éventuels groupes, l’absence inopinée des serveurs. Sur le cahier des réservations, 20 personnes demandent la salle privatisable pour un anniversaire, dans les sous-sols du restaurant. Des annivs, l’équipe en a vu des centaines, presque un par soir. Nous pouvons chanter « joyeux anniversaire » dans toutes les langues, et depuis le bar, je suis capable de créer une ambiance tamisée en un clin d’œil. Nous avons toujours des bougies en « rab », et, blasés, évitons de nous retrouver à devoir porter le dessert à la table des célébrations.

Appelez-ça conscience professionnelle si vous le désirez : bons bougres, nous essayons toujours de célébrer ces anniversaires dans la bonne humeur, avec le sourire, une blague sympa, un shot offert. Bien que nous en ayons soupé, la pression sociale et un fond d’altruisme nous poussent à prendre ces moments avec sérieux.

Ainsi, ce soir-là, Clara réceptionna et accompagna-t-elle un à un les convives à la salle des festivités avec un honnête plaisir, un franc sourire. Jusqu’à la bourde, à l’arrivée du dernier couple. Entrent en effet dans le restaurant deux personnes, le garçon zieutant anxieusement partout. Devançant leur embarras, Clara glisse jusqu’à eux, radieuse, et leur vient en aide :

c’est pour l’anniversaire ? Vos amis vous attendent en bas ! Je crois qu’ils sont une quinzaine maintenant…

S’installe brutalement, sans demander à quiconque, un silence lourd de sens. La demoiselle semble surprise, puis éclate d’un rire bruyant, communicatif et moqueur. Le jeune homme, énervé, agacé, foudroie Clara du regard, avant d’entraîner sa moitié vers les sous-sols. Clara, reste interloquée, surprise, moi de même. Aux rires qui bien vite s’échappent du bas, une idée fait tranquillement son chemin…

oh merde Ariel, t’imagines si c’était un anniv’ surprise ?
Genre le gars s’escrime depuis trois semaines à garder le secret, et tu viens de tout faire foirer à quelques secondes de la réussite ?
– La vache ! J’ose pas descendre !

Bien obligée, Clara finit par échapper à ma vue au rythme des marches qu’elle descendait, gênée, vers les sous-sols. Peu après, une clameur de rires et de blagues sonores nous parvint, saluant l’entrée de la gaffeuse involontaire.

Crédit Photo: Brooke Cagle