Mode anglo-saxonne

Mode anglo-saxonne

août 15, 2014 0 Par ArielLittel

Le brunch, ou la plus belle réussite commerciale de la restauration. Implicitement, la plus belle arnaque trouvée par les restaurateurs ces dix dernières années. Mieux que le prix terrasse ou le café gourmand.

La scène se répète invariablement chaque samedi et dimanche midi. Le restaurant est pris d’assaut, les serveurs courent, une queue se forme, les cuisiniers voient la température frôler avec les 40 degrés. Même décor, même scénario dans tous les restaurants parisiens ayant osé marquer « brunch » sur leur menu, et le revendiquer. La foule se presse, combat la gueule de bois pour engloutir des œufs mal cuits accompagnés de fioritures à bas-prix, et boire un jus d’orange pressé la veille. Le tout pour des sommes exorbitantes, car à Paris, quand il fait beau, tu le payes.

Le brunch, à la base, est un repas de classe moyenne anglo-saxonne, plus près de leur breakfast que du lunch. Exporté aux États-Unis, il reste l’apanage du pauvre : dans n’importe quel diner crasseux ou trop propre, on peut s’offrir deux œufs et du bacon pour 2,50$. En France, c’est un produit de luxe, sans que la quantité, ou la qualité, n’aient réellement été modifiées.

 

«Pourtant, difficile de trouver un « bon » brunch, malgré la quête sans fin de la clientèle auto proclamée experte, prête à lâcher 20 euros chaque dimanche»

 

C’est un effet de mode, qui accompagne cette tendance générale à l’anglicisation, des séries US aux mots anglais qui s’invitent au début et à la fin de nos phrases :

– on va bruncher ? Grrreeeeaaat ! SO nice ! J’arrive right away !

La mode du brunch va de pair avec la mode du burger, mais ne s’essouffle pas. Pour la bonne raison que la formule brunch convient à tous. À neuf heure trente, ce sont les touristes anglais en pleine gueule de bois qui débarquent pour s’empiffrer et éponger leurs folies parisiennes. Lorsqu’ils quittent le restaurant, les yeux vitreux et éblouis par le soleil matinal, arrivent les familles : le brunch, c’est bon enfant, et il est bien plus aisé de faire avaler aux marmots un mélange de pains au chocolat et de frites que les choux de bruxelles de mamie.

Viennent ensuite les groupes d’amis bobos-coincés, trentenaires ou non. C’est le moment de détente, c’est dimanche, allons nous encanailler, allons être mode, truc de fou, allons bruncher. À ce moment, il est déjà 13h, la queue s’allonge jusqu’à atteindre l’heure d’attente. Mais cette clientèle est docile, bien élevée, et ne saurait remettre en question son petit plaisir au cœur de la foule. Les baptisés « moutons-trip advisor ».

Mais le brunch séduit tous les genres. Décalés par rapport à leurs acolytes anglo-saxons, les jeunes parisiens branchés-ou non- fêtards ne sauraient débarquer avant 15h. Lunettes de soleil, ils se tiennet avachis sur les chaises et laissent éclater leurs fous rires dus à l’alcool et autres drogues résidant encore dans leurs organismes. Le brunch, de 9h à 17h, plaît à tout le monde, qu’ils soient regardant ou non sur les prix. Pourtant, difficile de trouver un « bon » brunch, malgré la quête sans fin de la clientèle auto proclamée experte, prête à lâcher 20 euros chaque dimanche pour enfin découvrir LE brunch. Pas le « bon » brunch, non. Celui à la mode.