Manuel d’utilisation du serveur parisien

Manuel d’utilisation du serveur parisien

juillet 31, 2014 0 Par ArielLittel

Vous êtes tranquillement assis en terrasse d’un restaurant avec votre tendre moitié, plein de bonne humeur et d’amour. Il fait beau, vous appréciez l’instant présent, un cocon de bonheur où même les pigeons de la capitale semblent être d’adorables animaux de compagnie. Vous n’entendez plus les klaxons, la circulation, redécouvrez les petits plaisirs de la vie. Seulement, l’arrivée d’un serveur, son air furibard et son impolitesse vont ruiner cet instant de sérénité. Son dédain, son mépris ostentatoire vous ramènent brutalement sur le pavé parisien. Pourtant, ce brave loufiat n’est probablement pas le pire rebut de la restauration. C’est vous qui avez conditionné cet accueil glacial, mais vous ne le savez pas encore.

Les serveurs diffèrent autant que diffèrent les hommes, et il est donc ardu d’ériger une manuel d’utilisation universel. Seulement, quelques similitudes apparaissent. Sachez avant tout que le serveur passe ses journées, ou ses nuits, dans cet endroit que vous désirez vous approprier, ne serait-ce que le temps d’un café. Même s’il est fauché comme les blés et n’a aucune part dans le restaurant, le serveur se considère chez lui. Et demandera un respect en tant qu’hôte qu’il ne saurait exiger dans son 10m2 de la porte de Choisy.

Ainsi votre entrée dans « son antre » est-elle primordiale. N’allez pas jusqu’à enlever vos chaussures, mais entrez sur la pointe des pieds. Dites bonjour. Et si, comme dans mon restau actuel, branché à souhait, les serveurs ne sont pas immédiatement identifiables, dites bonjour à tout le monde, dans le doute. Même les personnes avachies au bar, car justement, il y a fort à parier qu’elles fassent partie de l’équipe. Oubliez cette étape, et vous pouvez d’ores et déjà dire adieu à tout signe de cordialité, et à tout service rapide.

Une fois votre bonjour, assorti d’un grand sourire, effectué, une autre tâche, bien plus ardue, vous incombe. Il vous faut faire preuve d’observation et d’adaptation. Si l’équipe est clairement dans un moment de détente post ou pré rush, installez vous en faisant un signe de loin, genre « levez pas votre cul, c’est bon la petite table là-bas ? ». Si au contraire l’équipe est présente et active, ne vous installez surtout pas sans demander, et attendez une réponse. Sont évidemment exclus toutes tentatives de modification du plan de table selon vos souhaits, qui en général se terminent par quatre chaises autour d’une table ridiculement petite et un passage complètement obstrué.

Si vous avez opté pour la première option, faîtes – encore – preuve de jugeote. Sur les dix tables à votre disposition, s’il vous plaît, ne vous installez pas sur la seule qui n’est pas débarrassée. Ne riez pas, vous le faîtes tous : il y a probablement une explication psychologique, mais c’est un fait bien trop souvent prouvé. Deux personnes éviteront de s’installer à une table de quatre, même si ça à l’air plus confort pour se prélasser, même si c’est la seule au soleil. Vos amis imaginaires sont probablement charmants, mais ils n’ont pas dit bonjour, eux.

Ne pensez pas être au bout de vos peines. Vous n’avez effectué que l’infime début de la longue route qui s’ouvre devant vous. Peut-être avez vous gagné le droit d’avoir un menu.
Et encore.