Les arcanes de la restauration

Les arcanes de la restauration

février 22, 2015 0 Par ArielLittel

Que n’ais-je pas entendu ! Ragots, rumeurs, légendes urbaines : la restauration est ancestrale, mais demeure un domaine d’initiés qui en connaissent seuls les arcanes, mais sur lequel les affabulations vont bon train. Levons le voile sur ce qui s’y passe, ou non.

  • Pisser dans la soupe, mettre des crottes de nez dans le potage, etc : jamais vu. Nous tenons à vous, et par dessus tout, nous sommes humains. Avec la considération et la compassion pour son prochain que cela implique.

  • Servir des surgelés Picard (ou tout autre marque moins réputée) : jamais vu, même dans les pires bouges où j’ai eu l’honneur d’exercer, l’un d’entre eux ayant été un restaurant à touristes à haut débit.

  • Ne pas respecter les tenues réglementaires, et par une conséquence inévitable, essaimer quelques cheveux ou poils de torse dans les plats : un an durant, mon second de cuisine pratiquait son art torse nu. Il fait souvent 45 degrés en cuisine. Voilà.

  • Couper les bières à l’eau : jamais vu, jamais fait.

  • Resservir une bière tirée par erreur deux heures avant en la mélangeant avec de la bière fraîche : à tous les services, ou presque. Unes des arcanes les plus fréquentes, et presque normale, non?

  • Prendre vos futurs glaçons à pleines mains, relativement propres : j’ai perdu la pelle à glace. Depuis 6 ans.

  • Servir des espressos pour des déca : juste changer de tasse, première leçon apprise au bar. À nuancer : tout le monde ne le fait pas, mais si vous faites de la tachycardie, soyez vigilants.

  • Picorer dans vos plats : vous trouvez qu’il n’y a pas beaucoup de frites ?

  • Resservir un pichet de vin entamé par d’autres : clairement, pas dans les grands établissements. Sinon, oui, bien sur. On fait de l’argent, nous.

  • Servir du jus d’orange pressé la veille : de mes propres mains.

  • Utiliser le même lait toute la journée pour réaliser les cafés crèmes si chers à votre cœur : fallait pas entrer dans une brasserie.

  • Respecter les DLC (Dates Limites de Consommation) : En cuisine, toujours. Et oui, ça surprend. Au bar, euh… « le lait de soja, il est ouvert depuis quand, les gars ? – j’sais pas – ah, ok »

  • Faire attendre un client intentionnellement : si c’est un gros con malpoli, bien sur.

  • Vous arnaquer sur la note pour récupérer 50 centimes de pourboire que votre table de 15 personnes n’a pas daigné laisser : jamais fait, ma conscience est sauve. Vu et entendu un milliard de fois.

  • Rester oisif 5 minutes en cuisine dans le but de vous faire croire que nous refaisons tout le plat, alors que nous enlevons/rajoutons juste l’ingrédient au cœur du problème : hahaha. J’en ai encore donné l’ordre à un débutant hier.

  • Draguer un(e) client(e) en face de sa tendre moitié(e) : le danger est le sel de la vie.

  • Draguer pour du pourboire : l’essence du métier. Vous êtes beaux.

  • Inventer la composition d’un plat sur demande pour éviter de déranger la cuisine, ou par pure flemme  : tous les jours. Si votre serveur vous dit qu’il va demander au chef et que vous le voyez partir en cuisine, laissez-lui du pourboire, il vous aime.

  • Décider arbitrairement des stocks de plats pour sauver la cuisine en plein rush : je suis désolé, nous n’avons plus d’œufs bénédictines aujourd’hui.

  • Mentir ? La vérité, jamais.

  • Sous doser les cocktails ? Jamais fait. (Me faire reprocher le prétendu manque d’alcool dans un cocktail? Tous les jours.)

  • Sur-doser les cocktails ? Tous les jours.

  • Servir des cocktails coupés à l’eau ? Intentionnellement, jamais.

  • Offrir des shots coupés à l’eau ? Tous les jours.

  • Vous faire sentir uniques : si on y arrive.

  • Penser que vous êtes uniques : même pas les brunes aux yeux bleus, ou blonds musclés.

  • Penser que vous êtes de gros cons : trop souvent

  • Juger que vous êtes vraiment sympa, regretter votre départ : beaucoup, beaucoup trop rare.