Le mystère du pourboire Mexicain

Le mystère du pourboire Mexicain

mars 17, 2016 0 Par ArielLittel

La couleur bleu azur de son océan, la douceur de ses cenotes, l’immensité de ses paysages et, bien sur, les sourires foisonnants de ses habitants ; le Mexique est un pays à part, magnifique et agréable, le paradis pour le voyageur qui s’est perdu là. Un havre de paix et de douceur, là où le monde entier te promet un pays hagard et dévasté par les guerres des gang.

Mais le Mexique, comme tout touriste finit par s’en rendre compte, fait aussi partie de ces pays qui, appliquant cette incroyable règle du pourboire obligatoire, à savoir 10% de l’addition, est un paradis pour tout serveur. Au même titre que les Etats – Unis, le Canada ou encore le Chili. Dans toutes ces adorables nations, qui reconnaissent encore à leur juste valeur la sueur et l’effort, les fins de mois des loufiats réservent toujours cette même surprise : constater que les « tips » gagnés forment un deuxième salaire, voir plus.

En général, dans ce genre de pays, on te prévient à l’avance : le serveur est roi, gare à toi si tu oublies de laisser un pourboire, il te le fera brutalement remarquer, jusqu’à ce que, honteux, tu te confondes en excuses, éparpillant sur la table des liasses de billets d’un montant total éhonté. Quand on pense que dans notre doux pays, garant des traditions et fer de lance du métier, certains se font virer en tentant d’ « arracher» coûte que coûte 50 centimes…

Bref. Averti du pourcentage, et de toute façon «  membre de la famille », je lâche du pourboire, royal, en veux tu collègue ? En voila. Mais, au détour des nuits, et des imprévus qui les illuminent, je me retrouve confronté à un nouveau genre de pourliche, inconnu jusqu’alors: le « graissage de patte ». Le lieu n’a pourtant rien de vulgaire ; c’est même l’endroit de débauche tolérée le plus réputé d’Amérique du Nord. Paraît-il. Ça coute un bras, évidemment, mais c’est open-bar toute la nuit, et de toute façon, je tiens mon verre à une main. Quoi qu’il en soit, une telle formule semble dispenser l’équipe, qui pourtant prend chaque soir le rush de sa vie, de pourboire.

Sauf que.

Vu que c’est « bar ouvert »,  tout le monde commande tout le temps. Y’a de l’alcool partout, dans des mixtures plus ou moins dégueulasses, le tout avec un petit côté orgiaque que l’on prend à peine le temps de noter. Seulement voila, le système est subtil ; si tu veux entrapercevoir le loufiat, et de fait profiter des largesses de ce « bar-ouvert », il faut « tipser ». La propina, chico.
Si tu penses à le faire à chaque verre, comme tout bon irlandais ou serveur, ou serveur irlandais, le loufiat ne t’oubliera pas. Il réalisera l’exploit de reconnaitre ta tête de blondinet parmi les centaines de gringos encanaillés, et sera ainsi présent à chaque regard, chaque desiderata. Le fourbe finira même par te noyer de shooters de tequila sans que tu ne demandes rien à personne, jusqu’à ce que tu n’arrives plus à rien, et surtout pas à différencier la couleur des billets que tu lui refiles au son d’un « gracias amigo » proche du borborygme, mais que, fier comme un bar-tabac, tu assènes d’un clin d’œil raté.

Le concept est fabuleux de machiavélisme : premièrement, tu as simplement l’impression de « payer » tes verres, ce que tu as pourtant déjà fait à l’entrée, à l’exception notable que la thune prend directement le chemin menant à la poche du serveur. Autant dire que n’importe quel loufiat parisien se croirait arrivé au paradis des serveurs, ce lieu indéfini où les « tips » sont légions et les mojitos rares.
Deuxièmement, plus le barman fournit le gringo en shooters ou cocktails-minutes foireux genre tequila-canneberge, plus ce dernier est dans l’obligation de lui arranger ses fins de mois. Autant dire que la motivation est toute trouvée. En outre, le gringo, naïf et plein de bons sentiments, se sent, alors qu’il a doublement payé, redevable de tant d’attentions, et « lâche » d’autant plus, fier d’avoir un loufiat à sa disposition. Puis, les yeux vitreux et la chemise trempée de tequila, il finit par perdre toute notion de sa consommation, de la couleur des billets, de la tête de son barman « attitré ». Et là, la thune tombe. Enfin…encore plus qu’avant. Ou comment se faire une véritable fortune en pourboire.

Au risque de ma santé, et de celle de mon portefeuille, j’ai testé le système. Côté client. J’ai fini saoul, heureux, et délesté de beaucoup d’argent. Il me semble, dans de lointains et flous souvenirs, que mon barman attitré souriait.
Il me semble aussi que j’avais pas tout compris aux « échelles » de pourboires expliquées en espagnol, et que dès le début, et pourtant encore net,  je l’ai régalé encore plus que ne le veut le système.  J’ai jamais autant bu de shooters de ma vie dans un si court laps de temps. Et pourtant, je suis barman.

Ah les voyages, et la richesse culturelle de leurs découvertes.