Le bal des bougies

Le bal des bougies

février 10, 2017 4 Par ArielLittel

Une fois de plus, une fois encore, c’est le rush. Le vrai, celui qui n’était ni attendu, ni préparé. J’ai la tête « dans » mon bar, au propre comme au figuré, les pensées accrochées au fil des bons de commande. Ça fuse, le temps défile aussi vite que les plats sortent du passe – plats. Je surveille à peine, d’un œil lointain, la salle. Pas franchement le temps, je fais confiance à l’équipe ; mieux vaut que tout aille bien.

Pourtant, alors que je prends 4 secondes pour détendre mon dos, et réellement embrasser la salle du regard, un détail attire mon attention. J’ai beau avoir deux expressos qui coulent, trois mojitos en attente, et être en train de tirer une bière, je ne vois plus que ça. Pourquoi, oh grand dieu pourquoi, mes trois serveurs sont-ils immobilisés autour du passe-plats ?

Je pose la bière sur le zinc, renverse la mousse. L’énervement pointe, il est monté d’un coup. Je fais le tour du bar, dépose les trois Heineken à la table 12, accompagnées du cocktail « sourire-messieurs-dames », et je file au passe-plat. Résultat de cette brillante décision de responsable, nous y sommes maintenant quatre, et il n’y a plus personne en salle, ou au bar.

« C’est quoi ce bordel les loulous ? Vous attendez demain ou quoi ? »

L’humour pas drôle, et grinçant, est une prérogative des manager. Tout en disant cela, je pousse tout le monde, furibard, et regarde dans la gueule béante du passe-plat grand ouvert.

« Ah… »

Et ouais.. Évidemment, il devait bien y avoir une raison. Je fais moins le malin, et la vue de tous ces desserts ornés de bougies bon marché, me calme illico. Je le sais, ils vont à la huit, cette table de dix qui, clairement, célèbre un anniversaire.

« Ah… »

On se regarde en chiens de faïence. Qui y va ? Instant fatidique. Personne ne veut, mais la conscience professionnelle nous force à rester là, face au passe. Impossible de partir l’air de rien, d’abandonner tout le monde, mais aucune envie d’y aller. Ça argumente : untel y est allé la semaine dernière, untel hier…comme aux cartes, je coupe, et triche :

« Bon, on se dépêche ? Vous m’emmenez ça ? On a pas que ça à foutre, là… »

Et je retourne au bar, l’air de rien. Privilège du responsable. Et du barman. Je l’ai échappé belle.