Is it Vodka?

Is it Vodka?

novembre 4, 2014 0 Par ArielLittel

Bières coupées à l’eau, cocktails sans la légitime dose d’alcool, voire sans alcool du tout, shots Evian – fruits de la passion.

Légendes urbaines?

À moins d’avoir exercé dans tous les bouges de Paris, impossible d’affirmer le contraire. Le long de ces sept années à naviguer d’un restaurant à un autre, jamais je n’ai reçu l’ordre de mon supérieur de “couper” mes boissons. Fut-ce un sourd et inavoué désir d’indépendance? Toujours est-il que je le fis.

L’ hâble estime que je porte à mon professionnalisme risque inéluctablement, tel une vague, de se briser. Aussi me dois-je d’ajouter que cette vile et scélérate manœuvre fut perpétrée avec un grand sourire et une politesse infinie. Délicate attention pourtant non délibérée.

À deux reprises.

Me voici donc derrière le bar du Rossi, restaurant d’un hôtel 4 étoiles à Montréal. J’ai pris le poste il y a deux jours, après une cuite phénoménale avec le maître d’hôtel. Mon cursus ne comprend aucune école de restauration prestigieuse, aussi n’ai-je rien à faire là ; je me démène, en rajoute des tonnes, tente d’être à la hauteur, droit comme un piquet.

Lorsqu’un couple de sexagénaires américains se présente, et demande deux martinis, j’esbroufe jusqu’au deuxième étage : Shaked ? Stirred ? Gin ? Vodka? Le petit français a regardé James Bond en VO, figurez-vous. Main sure, gestes rapides, la meilleure vodka du bar ; secrètement, je prie que le subterfuge résistera à l’épreuve de leur palais.

Les américains, s’ils ne doivent répondre qu’à l’un de nos préjugés toujours si nombreux, sont adorables d’hypocrisie douce. Je m’entends répondre que c’est exquis, mais que c’est de l’eau.

Décomposition de mon visage, affaissement de mes épaules lorsque que je comprends que ma meilleure vodka, la Belvédère, était une simple bouteille de présentation.

Que nenni. Je n’ai jamais travaillé dans un étoilé, ou approché une école de service. Mais j’ai vendu des cafés pour des déca, des JB pour des Jack Daniels, des faux-filets pour des entrecôtes toute ma carrière. Je les fais rire, le manager arrive, je le fais rire, tout est bien qui finit bien, tout juste.

Les deux martinis réalisés pronto dès la bourde révélée s’avérèrent excellents. Et surtout, gratuits.

Crédit Photo: Alec Favale