Game Over : Mario était barman

Game Over : Mario était barman

octobre 1, 2018 0 Par ArielLittel

Recommencer à zéro. Tout reprendre, depuis les prémices. Pouvoir effacer dettes et erreurs, oublier les remords, rattraper les regrets. L’idée est aussi séduisante qu’irréalisable, déesse chimérique venue tromper les mortels. Un doux mirage, celui d’une nouvelle vie entamée avec l’expérience de la première, sans pourtant en traîner les chaînes de remords et de regrets entremêlés. C’est la plus belle invention des religions et des jeux vidéos. Celle qui ne se vérifie que par la mort, ultime et irrévocable risque, excepté dans Mario. Pour ma part, barman, je suis lassé de renaître.

Car repartir à zéro place devant nos yeux le premier échelon d’une échelle qui, faute à la perspective, nous paraît plus grande que vu d’en haut. Nous revoici les genoux dans la boue, et les mains dans la plonge. Ce qui semble un rêve inaccessible au commun des pêcheurs n’est que la routine de la restauration, des serveurs, des barman.

«La gravité est le châtiment éternel de Sisyphe et des porteurs de plateaux»

 

Dans un corps de métier où l’emploi foisonne et où les diplômes ne sont qu’une tâche d’encre sur une feuille de papier ou pire, un sujet de méfiance, tout le monde commence en bas. Et pour recommencer à zéro, pour un peu que vous ayez roulé votre pierre en haut de la montagne, il suffit de changer de restaurant. Aucun effort à fournir, la pierre redescend d’elle même. La gravité est le châtiment éternel de Sisyphe et des porteurs de plateaux.

Et si l’absolution des fautes et l’oubli des dettes fait rêver l’homme autant que le mirage généré par un changement de décor, elle s’accompagne d’une contrepartie qui, au fil des années qui elles ne s’effacent pas, devient de plus en plus amère. Ce revers de la médaille n’est autre que l’enfouissement brutal et instantané de votre fierté sous une pile d’assiettes sales, sous les ordres virulents d’un ignare qui n’est lui jamais retourné au camp de base, ou sous les coups de boutoir d’un égo trop flatté. Cette revanche se digère en bas de la montagne, lorsqu’il vous faut tout gravir à nouveau, et surtout, lorsque vous comprenez que la pierre que vous poussez au sommet redescendra quoi qu’il arrive. « Il faut imaginer Sysiphe heureux » écrivait Camus, et si ce n’est de par sa résignation, je me plais à croire que c’est d’humilité.

Mais qu’elle fait mal, cette humilité, quand au sortir d’un essai dans un bar, tu t’entends dire que « tu pars quand même de très loin », ou que lors d’un autre essai, ton manager coké jusqu’à la circonférence des yeux t’annonce que plus tard, tu pourras passer de la plonge au poste des bières, après formation bien entendu. Elle fait mal, cette claque d’humilité, et elle use endurance et motivation. Jusqu’à se demander pourquoi diable monter, si ce n’est que pour redescendre. Ce à quoi certains répondraient sans faute qu’il faut descendre pour espérer s’élever. Humble consolation.