C’est la tournée du patron?

C’est la tournée du patron?

octobre 2, 2014 3 Par ArielLittel

Non, je ne te ferais pas un prix sur les cookies.

Un, tu vas arreter de croire qu’oon est super-trop-potes, de te la jouer “hein j’suis trop open j’parle avec tout le staff comme si on avait élevé les cochons ensemble”.

Deux, tu vas payer ta note et laisser du tips, comme tu ne le fais jamais alors que c’est la thune de tes parents, et tu vas rentrer dans ton 110m2 du VIème arrondissement et me laisser fermer tranquille avant que je rentre dans ma colloc crasseuse du XIIIème. Et oui, mes cookies sont chers, c’est justement car il y a des gens comme toi qui les achètent à ce prix, avec une thune qui n’est pas la leur. Et enfin, très jeune demoiselle, trois: si tu veux marchander, t’as qu’a aller au marché de Tombouctou, tu verras qu’il y a un monde après le boulevard Saint Germain, après le périph’, après la France. Maintenant, t’es mignonne, tu dégages, on ferme.

Si seulement. Si seulement je pouvais me le permettre… À la place, un regard ferme mais pas trop, et un “non, je ne te ferais pas un prix sur les cookies” dit sur un ton que j’espère assez ferme pour que tu ne reviennes pas à la charge, et néanmoins assez poli pour que tu reviennes acheter des cookies chez nous. Les “offerts” dans les bars et les restaurants: il est temps qu’on en parle.

Mais pas comme Sébastien Patoche. Non, ça c’est interdit, on regrette même que la censure ai laissé passer.

Figure toi, adorable client, que tu n’es pas unique. Enfin, si, tu es unique car chaque être humain…bla bla bla. Mais à mes yeux, tu es surtout semblable à tous les autres clients que j’ai servi, que je servirais. Ton sourire façonné à la vodka n’est pas à tomber, et quand tu me fixes, les yeux pétillants de bière, je ne suis – oh surprise – pas sous le charme. Encore pourrais-je t’apprécier, animé d’une légère compréhension et d’une grande patience. Mais les quelques mots que tu t’apprètes à prononcer – difficilement – signifient ta perte.

et le dernier, il est gratuit, hein?

Mec, meuf, enregistre: on ne demande jamais un offert. JAMAIS. C’est simple, et à partir de maintenant, c’est ta nouvelle règle d’or.
Pour que tu comprennes, établissons deux constats évidents: je ne suis pas ton ami. Mon patron n’est pas ton ami. Or, au niveau comptable, si j’offre, c’est lui qui offre. Et mon patron, comme tous les patrons, est toujours patron pour une bonne raison: il n’aime pas offrir, et ne sais pas le conjuguer au pluriel.

Peut-être ne le sais tu pas, mais un cadeau vient du coeur. On le fait avec plaisir, parce qu’on en a envie, parce que l’autre nous donne la volonté d’être altruiste. C’est un choix. Je le fais souvent, mais, en tant qu’homme libre, je le décide. Pas toi.

Outre ces lapalissades navrantes, saches que tu n’es pas le premier à demander « un offert », mais plutôt, présentement, le dernier d’une très longue liste. Ta maman aurait du te dire: jouer avec la patience des gens, c’est dangereux. Le pire que tu puisses faire, c’est arguer d’une quantité de consommation élevée: aucune loi ne me force à te le rendre. Et une bouteille de rosé pour huit, pour toi c’est peut-être beaucoup, pour moi c’est un déficit. Mais bouges pas, je te fais des shots evian – fruit de la passion.

Si vraiment, tu veux te faire offrir un verre, marche sur des oeufs. Essaie d’être sympa, souriant, agréable, même si c’est faux, t’inquiètes je fais pareil. Ne demande pas: je vais devenir mauvais. Summum de la classe: si t’as connu le patron au CP, nous le savons. N’entre pas dans le restaurant en le beuglant à tous les vents. Passe un bon moment, et laisse nous te surprendre à l’addition, ou à l’heure des digestifs. Parce que nous prenons du plaisir à offrir, et que nous saisissons les opportunités de le faire.

Aie confiance.