Bar ouvert sur l’amitié

Bar ouvert sur l’amitié

mai 16, 2018 0 Par ArielLittel

Est ce que l’amitié, au final, ne se résumerait pas à ceci : accepter de prendre sur soi, assumer les conséquences pour autrui ? En prendre une pour l’équipe, comme le disent si bien les anglais et les rugbymen, deux entités pourtant si différentes, mais qui s’entendent sur ce point.

Dans ce cas, je ne remercierais jamais assez ceux qui m’assument, et ceux qui épongent derrière moi, sans un mot. Et nos patrons, ces doux rêveurs, ne nous remercierons jamais assez, nous qui épongeons non pas derrière eux, mais bien pour eux. Mes patrons ne sont pas, et j’y veille, mes amis.

 

«Comment ? Arrêter de vous offrir des shooters ?»

 

Cet article n’est pas une diatribe communiste, ni même un plaidoyer socialiste, mais bien un ressenti venu me submerger alors que d’un énième sourire contrit et vain, je m’excusai des prix élevés pratiqué par l’établissement.

Les prix. Cet indice qui régule des vies, obnubile des regards et des discussions, exacerbe les ardeurs. Ne pas avoir à s’en soucier n’a pas de prix pour certains, d’autre le font sans pourtant posséder un radis, et ces derniers ont peut-être tout l’or du monde.

Pour moi, tout l’or du monde serait de pouvoir donner, bien sur, à tous, à toutes. Bar ouvert sur l’amitié. Mais les prix ont les atouts de leurs défauts. Ils découragent parfois les indésirables, comme ils sélectionnent souvent les invivables. Ils dessinent la clientèle, enrichissent le patron, me font parfois rougir quand je pose le verre sur le comptoir, ou m’embarrassent quand je les évoque. Pour vous, bien sur, ils ne sont jamais trop bas.

Quel instant délicieux ce serait pourtant. J’en douterais, chercherais l’ironie malicieuse d’un regard timide, craindrais la farce. Puis, devant l’innocence et la réalité, je ne pourrais retenir un soupir de soulagement et d’amour mêlés envers ce client qui ingénument s’énerverait, s’offusquerait de la faiblesse des tarifs pratiqués.

J’apprécierais tant répondre, de ce même air de chien battu, de ce même sourire honnêtement contrit, que je le sais bien, mais que c’est la ville, le quartier qui veulent çà. Trop réputés ou trop touristiques. Ici, on ne peut se permettre d’être cher, vous comprenez, avec les prix des loyers si bas, et ce personnel bénévole…et puis les marges…Ici, nous avons un patron qui n’aime pas l’argent, il trouve qu’il en gagne déjà trop, alors il réduit ses marges au minimum. Non monsieur, je m’excuse je ne peux vous taxer plus, et encore moins rajouter pour les pourboires….Comment ? Arrêter de vous offrir des shooters ? Mais enfin, c’est terriblement impoli de faire payer !

Ais je besoin de conclure, de rappeler à l’homme saoul et à la femme éméchée, que ce n’est pas nous qui les fixons, ces prix, ni le montant de votre salaire d’ailleurs, ou encore que vous devriez connaître les quartiers, ou consulter le menu, avant de commander, fier à bras, une bouteille ?